Et si l’inflation venait du capital

Émission du 05 janvier 2022

ALERTE AU LECTEUR : Bon, disons-le d’entrée ce papier n’est pas facile, déjà car il nécessite de connaitre la monnaie, ses principes, son fonctionnement théorique, mais aussi la masse monétaire ainsi que la dette et le fonctionnement de la B.C.E (Banque Centrale Européenne), ce qui n’est déjà pas simple, mais de plus, l’approche qui est faite ici n’est pas classique et rompt avec la logique des modèles classiques de l’économie libérale, et de sa « main invisible » qui nous a mis à l’état où nous en sommes aujourd’hui.

Une fois ce préambule d’alerte achevé, comme toujours cependant, je tente de mener le lecteur par la main, pour ne pas le perdre et lui « donner » tous les éléments de la crise en cours de déclenchement et qui par principe du capitalisme, sera plus grave que les précédentes (à l’inverse des séismes terrestres dont les répliques sont toujours de moindre intensité).

DE LA MONNAIE ? Je n’ai pas le temps ici de traiter de la monnaie en dehors de dire que la monnaie est à l’économie, ce que le sang est au corps humain. Sans circulation, plus de vie. Ce fut d’ailleurs l’une des causes de la crise de 2008. Donc pour connaitre la monnaie relire mes articles précédents … (et encore je ne vous mets que les deux plus importants…

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DE l’INFLATION ? Une fois compris la monnaie et sa fonction dans l’économie d’une société, il faut aborder le mécanisme monétaire de l’inflation. L’inflation est le terme utilisé pour désigner la hausse des prix constaté dans les produits (téléphones), biens (eau-électricité) et services (assurances) que nous achetons soit comme consommateur (marchandises) soit comme usager (services et biens publics). Si le mécanisme d’inflation se visualise et qu’il n’y a pas de mécanisme d’indexation des salaires, sur l’évolution des prix, il y a alors de la part des salariés, perte de pouvoir d’achat et dans ce cadre seuls les salariés perdent, car l’inflation qui est la hausse des prix, est décidé par le patronat, en vue, lui de conserver voire d’augmenter ses revenus (profits et dividendes). De fait l’inflation est l’outil du capital pour conserver ses prédations sur le travail et la nature.

L’INFLATION VIENT-ELLE DES SALAIRES ? Avec le déclenchement de la crise de 1971-1973, les salaires étant à l’époque indexés à l’inflation, les salariés ne perdaient pas de pouvoir d’achat. Il nous fut alors raconté une histoire à dormir debout que l’inflation était cause de perte de pouvoir d’achat et de plus était cause du chômage de masse, les français faisant l’arbitrage « préférant les salaires à l’emploi » … Rappelons, ici que le principe était que l’indexation des salaires sur l’inflation, était juste le rattrapage salarial du fait de la hausse des prix constatés. Comprenons, si l’indexation, signifie rattrapage, les salaires ne peuvent de fait être cause de la hausse des prix… Tout le discours tenu au-dessus, déboucha sur la mise en place d’une nouvelle politique mondiale, « la désinflation compétitive », mis en place en 1983, par le gouvernement de Mitterrand, sous contrainte des marchés mondiaux et du couple Reagan-Thatcher.

DE LA DESINFLATION COMPETITIVE : Avec l’accord politique Reagan-Thatcher, comme quoi tout vient de la politique, les politiques économiques précédentes, qui avaient permis la reconstruction du monde (Accords de Bretton Woods, ONU,UNESCO) furent balayées, pour laisser place aux logiques du « tout marché » générant le concept de « mondialisation », c’est-à-dire d’un système fondé sur le régulateur de la « main invisible » chère à Adam Smith. En France c’est en 1983, que fut mis en place la politique de désinflation compétitive, en vue d’adapter notre « coût du travail » aux standards de « l’esclavage mondialisé ». Afin de donner une morale à cette politique de baisse du rapport salarial, il nous a été vendu en paquet cadeau qu’en luttant contre l’inflation on allait surtout baisser le chômage et améliorer la situation de l’emploi, de l’activité économique et de l’industrie, dans le cadre de la « compétitivité mondialisée ».

Bon, quarante ans après la mise en place de cette politique, est-on sûr que les résultats sont à la hauteur des ambitions déclamées ?

TOUJOURS TROP CHER : Mais y compris la politique dite de rigueur, ne fut pas considérée comme suffisante, alors y fut rajouté, la mise en place de la flexibilisation du marché du travail (intérims, travail à temps partiel pour les femmes etc.), le contrôle des chômeurs dénoncés comme brigands de grand chemin, le blocage du point d’indice pour les fonctionnaires (perdant 18 % de pouvoir d’achat en 17 ans) etc…Puis vient Macron et sa politique encore plus libérale, détruisant le code du travail et favorisant le « tout concurrence et le tout marché »… Le salaire toujours trop cher fut dénoncé comme « coût du travail » alors que seul le travail crée les richesses…

LE BENEVOLAT, VERS LA GRATUITE DU TRAVAIL : Comme les salaires étaient toujours trop chers, il fallait aller plus loin, d’où le bénévolat et les stages gratuits en vue de baisser encore le coût du travail. Alors quand vous entendez « bénévolat » pensez « travail gratuit pour le patronat » qu’il ne faut pas confondre avec le mécanisme politique dont je suis : militant, qui signifie donner de son temps pour autrui.

LES RESULTATS APPARENTS : En apparence, à force de faire du « moins cher », l’inflation apparente a baissé, résultat de la lutte du capital contre les salaires à quoi il faut rajouter la stratégie de sous-traitance et de délocalisations industrielles systématiques, faisant en apparence baisser les prix mondiaux (concurrence salariale mondialisée) nous ayant conduit à la situation de dépendances industrielles actuelles (masques, médicaments, voitures, équipement électroménager etc.), dépendances de plus, construites, pour l’essentiel, vis-à-vis d’un pays dirigé par un parti communiste…Imagine-t-on ainsi que le summum de la dénonciation du régime communiste, c’est sa soumission économique, industrielle et financière (la monnaie est contrepartie des échanges) à un régime dénoncé comme communiste.

DE L’INFLATION ACTUELLE : Alors comme le révèle le graphique de droite, sur l’inflation et vu le blocage salarial mené depuis trente ans, les faits révèlent que la lutte contre l’inflation a échoué et que de ce fait, l’inflation ne vient pas des salaires, du travail et du coût du travail, mais bien du capital, comme système mondialisé de son accumulation. Le fait qu’en un an, l’inflation en France a progressé de 3,2 % (du fait de nos services publics) et en Allemagne (+ 4,6 %), pourtant présentés comme royaume de l’orthodoxie financière et des petits jobs, démontre bien que l’inflation ne vient pas du travail mais, du capital. Observons de plus que cette inflation vient après une période de déflation (baisse des prix) liée à la crise dite du COVID (dont l’origine est plus à rechercher dans le capitalisme d’échanges mondialisé et de déforestation conduisant à la zoonose) que dans les animaux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Zoonose

QUEL RETOUR D’INFLATION ? La question devient si retour de l’inflation actuellement (renvoyant aux années 30) quelles en sont les causes réelles, profondes, historiques et qui se détachent du mouvement des apparences, dont depuis longtemps on considère toujours le mouvement des apparences comme vrai (lever de soleil) alors que le réel montre l’inverse (Galilée).

ET SI L’INFLATION VENAIT DU CAPITAL ? C’est le graphique de gauche qui nous dévoile le réel sur plus de 50 ans d’évolution du rapport entre masse monétaire et comportement de la B.C.E. Précisons, (M1) représente l’ensemble des masses monétaires primaires (pièces et billets) et où l’on observe que son évolution est relativement stable jusqu’au début des années 80, qui correspondent à la mise en place du « capitalisme mondialisé » dénommé en France « Mondialisation » pour faire encore plus « main invisible »…donc non maitrisable par le politique…

LA MONETISATION DE LA DETTE : Où l’on observe que c’est du fait des déséquilibres sociaux (salaires, emplois, santé, logements, éducation, etc.) que le capital en difficulté, du fait des dettes publiques et privées (endettement des ménages en vue de conserver leur pouvoir d’achat apparent et de court terme) que la Banque Centrale Européenne (B.C.E) que pour ma part j’appelle Bastille du Capitalisme Européen, a agi en rachetant massivement les titres de dettes des seuls marchés (en liquide immédiat) et en fournissant ainsi les munitions de la poursuite de la financiarisation de l’économie et de la société (l’argent d’abord, l’humain après) a généré la crise actuelle dont l’inflation est juste l’indicateur de fièvre. Le graphique révèle combien c’est l’action de rachat de la B.C.E auprès des seuls marchés (pourquoi ne pas avoir racheté les dettes des ménages endettés du fait de la « désinflation compétitive » ?), qui nourrissant le prédateur a continué d’alimenter le système en dettes et intérêts…la monétisation des dettes publiques (transformation des dettes rachetés par la B.C.E en actif financier) nourrit le prédateur des marchés et dont la désindustrialisation et les délocalisations à vil prix sont les imprimaturs (impérium du marché).

DE LA CONCORDANCE DES TEMPS : C’est l’articulation des graphiques qui révèle l’ampleur des spoliations. L’envolée du rachat des dettes dites publiques (en rouge) est à mettre en rapport avec l’envolée de la masse monétaire M1 (en bleue) et qui s’articule avec la crise inflationniste actuelle. C’est la concordance des temps qui dévoile les causes, pas les invectives politiciennes sur la dénonciation du « coût du travail ».

COUT DU TRAVAIL OU COUT DU CAPITAL ? De cette analyse graphique sur plus de 50 ans, il apparait que l’inflation monétaire (hausse des prix) conduisant à la baisse du pouvoir d’achat des ménages et leurs précarisations sociales (emplois, logements, santé etc.) n’est pas dû au « coût du travail », mais au « coût du capital » ce que visualise les graphiques associés

LA BCE AU SERVICE DES MARCHES : Où l’on a dans cette articulation le fait avéré que la BCE est au service exclusif des marchés. Le rachat et la prise en pension de la dette dite publique (il faudrait discuter d’où vient la dette dite publique), est le support à une nouvelle cascade financière qui permet à nouveau le ruissellement de l’accumulation et tout ceci se fait au détriment de l’économie réelle, expliquant le retour d’inflation. C’est donc bien la logique de marché et d’argent au service du capital qui en dernière analyse explique le « retour d’inflation », inflation dont l’impact ira frapper une fois de plus les ménages les plus pauvres et précarisés, donc approfondissant le niveau de la crise sociale actuelle (SDF, aide alimentaire, pauvreté etc…).

INFLATION IMPORTEE : SI l’on tire le fil jusqu’au bout, il faut comprendre que comme il n’y a pas de hausse salariale ni grève massive pour les obtenir, l’inflation constatée est donc bien une inflation importée, conséquence des politiques précédentes de privatisations de notre industrie, ayant conduit par la suite, au nom de la seule compétitivité, aux délocalisations industrielles qui désormais nous rendent dépendants de manière industrielle (masques, gants, médicaments, voitures, électronique) mais qui désormais nous rend aussi dépendants en terme de prix, puisque plus de 30 % des biens que nous achetons sont importés.

LA TRES GRANDE CRISE EST DEVANT NOUS : Au-delà des crises sanitaires et écologiques qui sont les nouveaux indicateurs de la crise du système global (jusqu’à aujourd’hui les crises du capitalisme / 1929/ se limitaient, si on peut dire, aux aspects sociaux, financiers, économiques et politiques), il apparait clair que derrière l’inflation, qui n’est qu’un indicateur avancé de crise, se profile aussi avec effet boomerang, une grave crise sociale, financière et économique. Il y a donc besoin et en urgence de rompre et bifurquer du capitalisme mortifère, qui comme l’écrivait déjà Marx « épuise autant l’homme que la nature ».

Le 4 décembre 2021,

Fabrice Aubert, économiste marxiste et troubadour des salaires.

2022-01-12T09:33:23+01:00 janvier 5th, 2022|
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